Comment les émotions sautent d’un visage à l’autre

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Comment les émotions sautent d’un visage à l’autre

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article How emotions jump from face to face publié sur le site Scientific American le 7 février 2012 (trad. Kyung-Nan Jaumin).

Le visage d’un homme peut « attraper » la colère d’une personne se trouvant à proximité. Mais le visage d’une femme a tendance à « attraper » le bonheur.

Les défenseurs des handicapés ont vu rouge après que deux femmes âgées souffrant de problèmes médicaux ont été prétendument fouillées au corps par des agents de la TSA (NdT : Transportation Security Administration) à l’aéroport JFK de New York en décembre dernier. Il faut être particulièrement dur pour ne pas compatir avec une vieille femme en fauteuil roulant dont on fouille le sac de colostomie. Mais le fait qu’un passager soit un terroriste improbable a aussi un revers troublant : un autre passager est dès lors un candidat plus probable.

Ces dernières décennies, les chercheurs en sciences sociales ont patiemment démêlé les systèmes mentaux et physiologiques impliqués dans les biais sociaux. De prime abord, les biais ressemblent à de simples préjugés, comme le fait de supposer que les noirs sont des criminels ou que les gens du Moyen-Orient sont des terroristes. Mais les recherches sur la cognition sociale révèlent des mécanismes beaucoup plus subtils et inconscients derrière ces biais sociaux. En voici un exemple parfait : les objets peuvent « attraper » les propriétés d’objets proches, par un phénomène que les scientifiques appellent  « conjonction illusoire ». Par exemple, un cercle rouge à côté d’un triangle blanc pourrait faire penser que le triangle est rouge. Ce même effet peut aussi s’appliquer à des cibles sociales : un visage neutre peut « attraper » l’émotion de la personne en colère à ses côtés, provoquant le souvenir que cette personne neutre était elle aussi en colère.

Dans un article récent publié dans le Journal of Experimental Social Psychology, des chercheurs de l’université d’État de l’Arizona ont démontré que les visages masculins sont plus susceptibles d’« attraper » la colère d’un visage adjacent que les visages féminins, tandis que les visages féminins sont plus susceptibles d’« attraper » le bonheur. À l’aide de photos de personnes réelles et de photos de visages artificiels transformés pour paraître en colère ou heureux, les scientifiques ont présenté à des étudiants des images de visages par deux, placées côte à côté (masculin ou féminin, joyeux ou en colère) en même temps que deux nombres, qu’ils devaient additionner afin distraire leurs esprits conscients. Après avoir brièvement montré les visages et les nombres, un point apparaissait sur la gauche ou sur la droite, et les étudiants étaient invités à se rappeler rapidement l’émotion du visage montré de ce côté. Les chercheurs se sont intéressés aux erreurs commises par les étudiants – et particulièrement aux erreurs dans lesquelles l’émotion qu’ils croyaient avoir vu provenait en fait de l’autre visage.

Dans deux études, Rebecca Neel et ses collègues ont montré que les visages masculins étaient plus susceptibles d’attraper la colère du visage voisin, et que les visages féminins étaient plus susceptibles d’attraper le bonheur. De façon intéressante, ce n’était pas juste parce que les gens voient les visages masculins comme plus en colère et les visages des femmes comme plus heureux (effet démontré dans plusieurs études antérieures) : les erreurs étaient plus fréquentes lorsque l’émotion provenait du visage adjacent.

Tandis que cet accaparement semble être un processus automatique de la perception visuelle, il peut être influencé par les préjugés que nous détenons à propos du monde social. Les attentes façonnent les perceptions (et les perceptions erronées). Puisque nous avons tendance à supposer que les hommes sont plus agressifs et les femmes plus bienveillantes, nous sommes plus susceptibles de voir les hommes comme en colère et les femmes comme joyeuses. Des jugements rapides apparaissent facilement lorsque nous analysons notre environnement à la recherche d’indices sociaux. Cela peut sembler un grave défaut dans une société moderne pleine de diversités, mais nos cerveaux ont évolué pour faire des évaluations constantes et routinières de type approche/évitement appelées décisions de « gestion de l’affordance » (NdT : ce terme résiste à nos efforts de traduction). A notre état animal, nous essayons de minimiser les risques et de maximiser les possibilités. Il est plus coûteux de rater les indices d’un danger imminent que de supposer à tort qu’une personne est dangereuse, et nous péchons donc par excès de prudence. Historiquement, les hommes représentent une menace physique plus grande que les femmes, et le visage de la colère est donc soudainement masculin. Les femmes sont considérées comme représentant une petite menace et une forte opportunité de relation, donc notre cerveau maximise l’opportunité en supposant qu’une femme est amicale et désireuse d’interagir (ou de prendre soin de nous) même lorsqu’elle ne l’est pas.

Les attentes schématiques de type top-down fusionnent avec les conjonctions illusoires de type bottom-up du processus visuel précoce, créant un terrain fertile pour l’erreur (particulièrement quand on est distrait ou pressé). Cette étude récente s’ajoute à la littérature sur les préjugés en montrant une nouvelle façon par laquelle le biais peut se glisser dans nos vies : par les perceptions d’une personne qui « attrape » sélectivement certaines émotions consistantes avec les stéréotypes des personnes qui l’entourent. Cela suggère que, quand vous êtes dans la file de sécurité à l’aéroport, il n’y a pas que ce que vous semblez être qui compte, mais aussi qui se tient à vos côtés.

Référence de l’article scientifique original :

  • Neel, R., Becker, D. V., Neuberg, S. L., & Kenrick, D. T. (2012). Who expressed what emotion? Men grab anger, women grab happiness. Journal of Experimental Social Psychology, 48(2), 583-586.
    [lien]
Le conseil habituel pour les tests à choix multiples est : en cas de doute, tenez-vous en à votre première réponse.

Les étudiants universitaires le croient : environ 75 % s’accordent sur le fait que changer votre premier choix fera baisser votre score global (Kruger et al., 2005 ). Les enseignants le croient également : dans une étude, 55 % d’entre eux pensaient que cela ferait baisser les scores des élèves alors que seuls 16 % pensaient que cela permettrait de les améliorer.

Et pourtant, c’est faux.

Une revue de 33 études différentes effectuées sur plus de 70 ans a révélé que, en moyenne, les personnes qui changent leurs réponses font mieux que celles qui ne le font pas (Benjamin et al., 1984 ). Dans aucune de ces études les personnes n’ont obtenu un score inférieur parce qu’elles ont changé d’avis.

Les études, les unes après les autres, montrent que, lorsque vous modifiez votre réponse dans un test à choix multiples, vous êtes plus susceptible de les changer de mauvaise à bonne que de bonne à mauvaise. Dès lors, garder votre première réponse est en fait, en moyenne, la mauvaise stratégie.

Pourquoi tant de gens (y compris ceux qui devraient le savoir, comme les auteurs de guides de préparation de test) continuent-ils à dire que vous devez vous en tenir à votre première réponse ? Kruger et al. (2005) soutiennent que c’est en partie parce qu’il est plus douloureux d’obtenir une mauvaise réponse parce que vous l’avez modifiée que d’en avoir une parce que vous ne l’avez pas changée.

Nous avons donc tendance à retenir beaucoup plus clairement les moments où nous avons changé une bonne réponse en une mauvaise. Et, de ce fait, lors d’un test, nous prévoyons le regret que nous ressentirons et nous convainquons que notre première impression est probablement la bonne (alors que ce n’est probablement pas le cas).

By |23/03/2012|Categories: Non classé|0 Comments

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