La douleur sociale fait aussi mal

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La douleur sociale fait aussi mal

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article Social pain hurts too publié sur le site de l’Association for Psychological Science le 1e février 2012 (trad. Kyung-Nan Jaumin).

La plupart des médecins ne prescrivent pas de Tylenol (NdT : paracétamol) pour un cœur brisé et ne recommandent pas le soutien d’un ami pour un mal de tête. Cependant, un article publié par Naomi I. Eisenberger, bénéficiaire du Prix Janet Taylor Spence, dans l’édition de février 2012 de la revue Current Directions in Psychological Science montre qu’il existe un nombre croissant de preuves selon lesquelles la douleur sociale partage certains des circuits neuronaux sous-tendant la douleur physique.

Eisenberger explique que la douleur physique a deux composantes – sensorielle et affective –, chacune d’elles étant associée à une partie différente du cerveau. Les chercheurs en psychologie qui étudient la douleur ont montré que le cortex cingulaire antérieur dorsal (CCAd) et l’insula antérieure, qui sont cruciaux pour la composante affective ou déplaisante de la douleur, sont également impliqués dans l’expérience de la douleur sociale. Une étude récente (Kross et al., 2011) a même indiqué que des régions séparées du cerveau associées avec l’expérience sensorielle de douleur étaient également activées lorsqu’on demandait aux participants de se souvenir d’une rupture amoureuse difficile.

D’autres études ont suggéré que ces recouvrements dans l’activité cérébrale peuvent affecter la manière dont les personnes ressentent la douleur physique et sociale. Par exemple, quand Eisenberger et ses collègues ont demandé à des participantes de déterminer la douleur causée par des de la chaleur, celles-ci rapportaient moins de douleur lorsqu’elles regardaient la photo de leur partenaire amoureux ou lui tenaient la main. Dans une autre étude (DeWall et al., 2010), l’équipe d’Eisenberger a demandé aux participants de prendre une pilule chaque jour et d’auto-évaluer leur « sentiment de douleur » chaque soir, pendant 3 semaines. Les participants qui avaient pris du paracétamol chaque jour ont constaté une diminution de la sensation de douleur qui n’était pas présente dans le groupe contrôle, qui a reçu un placebo.

Il pourrait y avoir une explication évolutionniste à la sensation de douleur éprouvée en cas de rejet social. Tout comme la douleur physique nous apprend à éviter les situations dangereuses, Eisenberger suggère q’ »au cours de l’évolution, la douleur sociale nous a peut-être aidé à éviter le rejet social, augmentant dès lors nos relations avec les autres, notre insertion dans un groupe social et, au bout du compte, nos chances de survie ».

Le fait de savoir que la douleur émotionnelle a une justification biologique peut constituer une petite consolation pour ceux qui souffrent de rejet social ; cependant, Eisenberger met en évidence que ceux qui ne sont pas sensibles à la douleur sociale ont souvent des troubles de la personnalité. De plus, effectuer des recherches sur la relation entre la douleur physique et la douleur sociale pourrait mener à de meilleures stratégies pour les atténuer. Néanmoins, entretemps, vous devriez probablement parler à votre médecin avant de prendre du Dafalgan car vous avez le cœur brisé.

Références des articles scientifiques originaux :

  • DeWall, C. N., et al. (2010). Acetaminophen reduces social pain: Behavioral and neural evidence. Psychological Science, 21(7), 931-937.
    [lien]
  • Eisenberger, N. I. (2012). Broken heart and broken bones: A neural perspective on the similarities between social and physical pain. Current Directions in Psychological Sciences, 21(1), 42-47. [lien]
  • Kross, E., Berman, M. G., Mischel, W., Smith, E. E., & Wager, T.O. (2011). Social rejection shares somatosensory representation with physical pain. Proceedings of the National Academy of Sciences, 108(15), 6270-6275. [lien]

Note ultérieure à la parution de la traduction de cet article :

Un lecteur nous a signalé que l’article de Kross et al. (2011) a fait l’objet de critiques de la part de certains chercheurs. A ce sujet, lire :

  • Iannetti, G. D., & Mouraux, A. (2011). Can the functional MRI responses to physical pain really tell us why social rejection « hurts »? Proceedings of the National Academy of Sciences, 108(30), E343. [lien]
  • Kross, E., Bermana, M. G., Mischel, W., Smith, E. E., & Wager, T. D. (2011). Reply to Iannetti and Mouraux: What functional MRI responses to physical pain tell us about why social rejection « hurts ». Proceedings of the National Academy of Sciences, 108(30), E344. [lien]
By |17/02/2012|Categories: Actualités, Non classé|1 Comment

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One Comment

  1. Valéry Legrain 22 février 2012 at 14 h 15 min - Reply

    Ce n’est pas que l’étude de Kross qui fait l’objet de critiques, c’est tout le raisonnement qu’il y a derrière:

    http://dl.dropbox.com/u/9591219/Legrain2011ProgNeurobiol.PDF

    http://dl.dropbox.com/u/9591219/Iannetti2010ExpBrainRes.PDF

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