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Les jugements moraux des enfants à propos des dommages environnementaux

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article Children’s moral judgments about environmental harm publié sur le site BPS Research Digest le 16 novembre 2011 (trad. Kyung-Nan Jaumin).

Au Nord-Est des États-Unis, les jeunes enfants considèrent les dommages causés à l’environnement comme moralement plus graves que les mauvaises manières. Lorsqu’on leur demande d’expliquer ce jugement, plusieurs d’entre eux mentionnent le statut moral de la nature elle-même – faisant preuve d’un raisonnement dit « biocentrique* ». La précocité de ce jugement marque un changement par rapport aux recherches similaires menées dans les années 1990, amenant les auteurs de cette nouvelle étude, Karen Hussar et Jareth Horvath, à spéculer à propos des « possibles effets de l’accroissement de la focalisation sur les initiatives pro-environnementales de la dernière décennie… Bien que ce genre de réflexion semble typiquement émerger à la fin de l’adolescence, la volonté d’accorder du respect à la nature sur la base de son propre droit à exister était présente chez nos jeunes participants. »

Hussar et Horvath ont présenté 12 cartes avec des histoires à 61 enfants âgés de 6 à 10 ans : 3 cartes décrivaient une transgression morale à l’encontre d’une autre personne (ex. voler de l’argent à une camarade de classe) ; 3 cartes décrivaient des mauvaises manières (ex. manger de la salade avec les doigts) ; 3 cartes décrivaient un choix personnel quelconque (ex. colorier avec un crayon violet) et 3 autres décrivaient une action faisant du tort à l’environnement (ex. ne pas recycler, abîmer un arbre). Pour chaque carte, on demandait aux enfants de considérer si l’action était acceptable, moyennement mal ou très mal.

Les résultats montrent que les enfants ont évalué les transgressions morales à l’encontre d’autres personnes comme les pires de toutes, suivies des dommages causés à l’environnement et ensuite des mauvaises manières. Les choix personnels quelconques ont généralement été jugés comme acceptables. Il n’y avait pas de différence selon l’âge.

Quand on a demandé aux enfants de justifier leurs jugements concernant les dommages environnementaux, 74 % de leurs explications se référaient à des raisons « biocentriques » (ex. « Les arbres sont vivants et c’est comme casser son bras ou celui de quelqu’un d’autre ») et 26 % invoquaient des raisons anthropocentriques (ex. « Parce que, sans les arbres, nous n’aurions pas d’oxygène »). Ces proportions entre ces catégories d’explication ne variait pas selon l’âge, mais bien selon le sexe : les filles étaient plus enclines à donner des raisons biocentriques. Cela correspond à une littérature plus large, mais dont il est encore difficile de tirer des conclusions claires, selon laquelle les femmes tendent à baser leur jugement moral sur des questions relatives au soin, alors que les hommes tendent à baser leur jugement moral sur des questions de justice.

Selon Hussar et Horvath, ces résultats révèlent que les enfants placent les dommages faits à l’environnement à mi-chemin entre les torts causés à des personnes et les mauvaises manières. « Ce domaine environnemental

[du tort moral] implique une compréhension sophistiquée de la part des jeunes enfants. Une considération plus importante est accordée à la vie environnementale par rapport à l’ordre social, et en même temps, une considération d’autant plus importante est accordée à la vie humaine ».

En contraste avec les résultats de cette étude, d’autres recherches menées dans les années 1990 ont montré que les jeunes enfants avaient tendance à fournir des raisons anthropocentriques à  l’immoralités des dommages environnementaux, n’invoquant des raisons biocentriques plus fréquemment que vers la fin de l’enfance ou durant l’adolescence.

« Pour conclure, il est évident que les participants de la présente étude construisent des opinions basées sur la morale de la nature et de la place des hommes dans celle-ci dès un très jeune âge », rapportent les chercheurs. « Cette position morale a été succinctement résumée par un de nos participants : ‘Même s’il n’y a pas de règle, il faudrait respecter… (et) être bon envers l’environnement’ ».

*NdT : Dans le biocentrisme, tous les êtres vivants doivent être considérés comme des fins en soi, c’est-à-dire comme possédant une valeur intrinsèque qui leur donne droit au respect.

Références de l’article scientifique original :

  • Hussar, K., & Horvath, J. (2011). Do children play fair with mother nature? Understanding children’s judgments of environmentally harmful actions. Journal of Environmental Psychology, 31(4), 309-313. [lien]

By |03/02/2012|Categories: Actualités|0 Comments

La puissance créatrice de la pensée « en dehors de vous-même »

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article The Creative Power of Thinking Outside Yourself de Jeremy Dean, publié sur le blog PsyBlog le 23 mai 2011.

Une recherche récente suggère que nous générons des idées plus créatives pour les autres que pour nous-mêmes.

On pense que l’expression rebattue « penser hors des sentiers battus » (NdT : en anglais, « thinking outside the box ») provient du problème ci-dessous. L’idée est d’essayer et de joindre tous les points en utilisant quatre lignes droites ou moins sans lever votre stylo du papier ou passer deux fois sur la même ligne.

La « boîte » (NdT : de l’expression « penser en dehors de la boîte » telle que traduite littéralement) à laquelle l’expression se rapporte est la boîte implicite formée dans votre esprit par les points. Pour trouver la solution, vous devez ignorer cette boîte implicite : vous devez, pour ainsi dire, penser en dehors de celle-ci. (Si vous êtes coincé dans la boîte, tapez « les 9 points » dans Google et vous trouverez la solution.)

Les problèmes comme celui-ci nous mettent au défi de trouver des solutions originales en évitant les façons de penser habituelles. Mais tout comme on peut penser en dehors de la boîte, on peut également essayer de penser en dehors de soi-même. Voici un autre problème, un problème qui révèle un aspect fascinant de la créativité…

Imaginez qu’il y a un prisonnier qui essaie de s’échapper d’une haute tour. Tout qu’il a, c’est une corde… mais sa longueur ne fait que la moitié de la hauteur depuis la fenêtre. Néanmoins, il parvient à s’échapper de la tour en divisant la corde en deux et en nouant les deux parties. Comment est-ce possible ?

Des personnes ont reçu des versions légèrement différentes de ce test dans une récente étude de Polman et Emich (2011). La moitié des personnes a reçu cette version du problème, tandis qu’on a dit à l’autre moitié d’imaginer qu’elles étaient elles-mêmes coincées dans la tour, plutôt qu’un « prisonnier » anonyme. Les deux groupes devaient ensuite expliquer comment l’évasion de la tour était possible.

Ce qui s’est produit, c’est que 66 % des gens ont trouvé la bonne réponse quand on leur avait dit que c’était un « prisonnier » inconnu qui était coincé dans la tour. Mais quand on leur avait dit d’imaginer qu’ils étaient eux-mêmes coincés dans la tour, seuls 48 % l’ont trouvée.

(La réponse au problème est : la corde est divisée en deux en largeur plutôt qu’en longueur. Vous pouvez alors diviser la largeur en deux et doubler la longueur.)

Dans une deuxième étude, ils ont testé la même chose d’une façon différente. Cette fois, le but était de voir à quel point les gens pouvaient être créatifs quand ils essaient de trouver des idées de cadeau. Ils ont demandé à des participants de trouver des idées pour eux-mêmes ou pour d’autres personnes. Les autres personnes ont également été divisées en deux catégories. Certaines étaient socialement proches et d’autres étaient socialement éloignées.

Quand les idées ont été analysées, les participants qui cherchaient des idées pour des autres socialement éloignés se sont avérés être les plus créatifs. Les deux autres conditions l’étaient moins.

La raison pour laquelle ceci se produit tient à la façon dont l’esprit se représente de tels problèmes. Quand nous pensons à un « inconnu anonyme » ou au prisonnier dans la haute tour, nos esprits tendent à réfléchir de façon plus abstraite. Dans un contexte abstrait, il devient plus facile d’avoir des élans créatifs parce que nous ne sommes pas coincés à penser aux détails concrets.

Ainsi, l’expression vieille et défraîchie « penser en dehors de la boîte » devrait peut-être être remplacée par l’expression nouvelle et basée sur des preuves réelles « penser en dehors de vous-même ».

Références de l’article scientifique original :

  • Polman, E., & Emich, K. J. (2011). Decisions for others are more creative than decisions for the self. Personality and Social Psychology Bulletin, 37(4), 492-501.
    [lien]

Liens complémentaires :

By |25/05/2011|Categories: Actualités|1 Comment

Penser à la mort peut modifier le comportement

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article Pondering Death Can Alter Behavior publié sur le site LiveScience le 21 mai 2011.

Une nouvelle étude vient de montrer ce qui peut sembler évident à de nombreuses personnes : penser à la mort peut affecter le comportement.

« La mort a un important potentiel motivationnel », rapporte Laura E. R. Blackie, doctorante à l’université d’Essex, en Grande-Bretagne. « Les  gens semblent conscients du fait que leur vie a une fin, et ce peut être l’un des plus beaux cadeaux que nous ayons dans la vie : cela nous motive à mordre la vie à pleine dents et à poursuivre les objectifs qui sont importants pour nous ».

Blackie et son directeur de thèse, Philip J. Cozzolino, ont recruté 90 personnes dans un centre-ville britannique et les ont séparé en trois groupes. Un groupe a été invité à répondre à des questions générales au sujet de la mort – ils ont rapporté des choses telles que leurs pensées et sentiments au sujet de la mort et ce qu’ils pensaient qu’il leur arriverait s’ils mouraient. Un autre groupe a été invité à s’imaginer mourir dans un appartement en feu, et ses membres se sont vu poser quatre questions sur la façon dont ils pensaient qu’ils gèreraient l’expérience et dont ils pensaient que leur  famille réagirait. Un groupe contrôle devait penser à une douleur dentaire.

Ensuite, les participants ont lu un article concernant des dons de sang. Certains ont reçu un article indiquant que des dons de sang étaient « aux niveaux les plus élevés » et que le besoin était bas ; d’autres ont lu un autre article rapportant l’inverse – que les dons étaient « au plus bas niveau » et le besoin était élevé. Tous ont ensuite reçu une brochure garantissant l’inscription rapide dans un centre de don de sang le jour même et se sont vu dire qu’ils devraient seulement prendre une brochure s’ils prévoyaient de donner.

Les gens qui avaient pensé à la mort de façon abstraite étaient davantage susceptibles de prendre une brochure s’ils lisaient l’article concernant un manque de sang. Mais les gens qui avaient pensé à leur propre mort étaient susceptibles de prendre une brochure indépendamment de l’article qu’ils avaient lu – leur volonté de donner leur sang ne semblait pas dépendre de la façon du degré avec lequel c’était nécessaire.

Quand les gens pensent à leur mort de façon abstraite, ils peuvent être plus enclins à en avoir peur, alors que penser spécifiquement à leur propre mort « permet aux gens de mieux intégrer l’idée de la mort dans leurs vies », explique Blackie. Penser à leur mortalité d’une façon plus personnelle et plus authentique peut les inciter à penser davantage à ce qui compte pour eux dans la vie.

Les résultats seront détaillés dans un prochain numéro de la revue Psychological Science.

Références de l’article scientifique original :

  • Blackie, L. E. R., & Cozzolino, P. J. (in press). Of blood and death: A test of dual-existential systems in the context of prosocial intentions. Psychological Science.

Liens complémentaires :

By |25/05/2011|Categories: Actualités|0 Comments