Actualités

Home/Actualités

Manger plus de chocolat pour devenir plus intelligent ?

Une illustration du danger lié à la simplification des résultats scientifiques

 

par Pierre Maurage

 

Dans un article récemment publié dans le New England Journal of Medicine et intitulé « Chocolate consumption, cognitive function, and Nobel laureates« , le Professeur F. H. Messerli a rapporté une corrélation forte entre la consommation de chocolat et le nombre de lauréats du prix Nobel dans 23 pays. Selon cet article, ce lien pourrait s’expliquer par le fait que le cacao est riche en flavanols, dont l’action anti-oxydante aurait un effet positif sur les fonctions cognitives. Sur cette base, l’auteur a conclu que le chocolat pourrait améliorer les fonctions cognitives dans l’ensemble de la population et qu’accroître la consommation de chocolat augmenterait le nombre de prix Nobel au sein d’un pays. Étant donné le vaste lectorat du New England Journal of Medicine, qui est le journal médical ayant l’impact scientifique le plus élevé, cette proposition a depuis été largement disséminée par la presse tant spécialisée que générale à travers le monde. Des dizaines de sites internet ont ainsi diffusé le message simpliste selon lequel “manger plus de chocolat accroît les capacités intellectuelles“, et ce message a même été relayé par des sites réputés fiables, tels que ceux de la BBC, de Forbes, de Reuters ou encore du Times.

Cependant, la proposition du Prof. Messerli est uniquement fondée sur une corrélation et doit être considérée avec la plus extrême prudence. Nous avons rédigé un article, récemment publié dans le Journal of Nutrition et intitulé « Does chocolate consumption really boost Nobel award chances? The peril of over-interpreting correlations in health studies« , dans lequel nous mettons en garde contre le risque de sur-interprétation de cette corrélation, et plus généralement contre les dangers liés à la simplification des résultats scientifiques en vue de leur diffusion vers un large public.

Plus spécifiquement, notre article insiste sur trois messages centraux :

  1. La concentration élevée en flavanols dans le cacao ne permet pas d’expliquer la corrélation entre consommation de chocolat et nombre de prix Nobel. En effet, nous montrons qu’aucune corrélation n’existe au sein des mêmes 23 pays entre d’autres aliments très riches en flavanols (en l’occurrence le thé et le vin rouge) et le nombre de prix Nobel, ce qui invalide l’hypothèse avancée dans l’article original. Ce résultat montre également la nécessité de corroborer une proposition par des analyses complémentaires avant de la diffuser à large échelle, même si elle semble a priori plausible.
  2. Une corrélation entre deux variables n’implique jamais une causalité, et il n’est jamais valide d’inférer un lien causal ou directionnel entre deux facteurs corrélés, même lorsqu’une explication vraisemblable semble pouvoir expliquer ce lien. En d’autres termes, la corrélation entre consommation de chocolat et nombre de prix Nobel ne signifie pas qu’un lien réel existe entre ces variables, ni qu’une des variables influe sur l’autre. Pour prouver ce principe par l’absurde, nous avons montré une corrélation entre le nombre de prix Nobel obtenus et le nombre de magasins IKEA au sein des 23 pays. Bien que cette corrélation soit encore plus forte que celle avec le chocolat, elle semble totalement fortuite et ne repose sur aucune relation causale. En effet, il serait farfelu de supposer qu’IKEA limite son marché aux pays ayant obtenu beaucoup de prix Nobel, ou à l’inverse que la nécessité de comprendre et d’appliquer les instructions de montage des meubles IKEA conduit à augmenter le niveau d’intelligence de la population d’un pays (et pourrait ainsi augmenter son nombre de prix Nobel).
  3. La corrélation entre deux variables peut ne pas être due à un lien direct entre elles, mais plutôt au fait qu’elles sont toutes deux liées à une troisième variable. Ainsi, nous montrons que tant la consommation de chocolat que le nombre de prix Nobel d’un pays sont fortement corrélés au produit intérieur brut de ce pays, c’est-à-dire à son niveau de développement économique. Cela suggère que la corrélation observée dans l’article initial pourrait être en partie expliquée par le fait que le chocolat, qui constitue un produit de luxe, serait davantage consommé dans les pays où le développement économique permet un financement optimal du système éducatif et de la recherche scientifique (ce qui augmente la probabilité d’obtenir des prix Nobel). Le développement économique d’un pays pourrait donc être une variable latente expliquant le lien observé entre chocolat et prix Nobel.

En conclusion, notre article souligne la nécessité d’interpréter correctement les résultats scientifiques avant de les diffuser vers un public large et non expert, puisque le risque de sur-interprétation ou d’interprétation erronée est toujours présent lorsqu’une découverte scientifique est réduite à un simple message percutant. Identifier les limites inhérentes aux données présentées et spécifier les implications correctes qui peuvent en être tirées est un préalable indispensable à la publication de messages ayant un fort impact potentiel sur les comportements du consommateur et la santé publique. Il est de la responsabilité des chercheurs et des journalistes scientifiques de ne pas diffuser des messages erronés ou simplistes vers le plus grand nombre, en particulier lorsque des questions de santé publique sont en jeu.

 

Contact :
Pierre Maurage, Alexandre Heeren et Mauro Pesenti, Institut de Recherches en Sciences Psychologiques, Université catholique de Louvain, Belgique.

 

La version complète de notre article est disponible via le lien suivant.

 

Exemple d’articles qui ont relayé l’article de Messerli sans le recul critique suffisant :

Heureusement, certains se sont avérés plus critiques :

By |15/05/2013|Categories: Actualités|1 Comment

Pourquoi cette jolie fille au bar ne vous sourit pas

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article Why that cute girl at the bar isn’t smiling at you publié sur le site Peer-reviewed by my neurons le 14 mai 2012 (trad. Kyung-Nan Jaumin).

Nous avons tous été dans cette situation où nous sommes complètement absorbés par une nouvelle publicité dans le métro et où nous remarquons soudain que le fou dans le coin semble vous sourire. Mais nous n’en sommes pas certains. Peut-être qu’il est simplement heureux de l’information publique à propos de la contraception qui se trouve à notre gauche. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y a aucun truc magique pour découvrir où il regarde. Et la très mauvaise nouvelle, c’est qu’une recherche montre que tout ce que vous pensez est susceptible d’être biaisé par l’expression faciale de cette personne. Plus précisément, nous avons tendance à penser que les visages souriants nous regardent et que les visages en colère se détournent de nous.

Cinquante-deux observateurs ont jugé où des visages regardaient en déplaçant le curseur d’une barre de mesure sur la position en question. Les visages affichaient une expression de colère, de bonheur, de peur ou une expression neutre et regardaient soit directement l’observateur, ou avaient subi une rotation de 2°, 4°, 6° ou 8° à gauche et à droite. Nous avons constaté que les visages heureux ont été interprétés comme dirigés davantage vers l’observateur, tandis que les visages de peur et de colère ont été interprétés comme regardant plus loin de lui. Les jugements étaient plus précis pour les visages neutres, suivis des visages heureux, en colère et craintifs. Ces résultats sont discutés dans le contexte du « biais de positivité autoréférentielle », qui suggère que les visages heureux sont interprétés de préférence comme dirigés vers soi, alors que les émotions négatives sont interprétées comme dirigées loin de soi.

Le bon côté des choses, c’est que, si vous remarquez une jolie fille dans un bar et qu’elle semble vouloir frapper quelqu’un dans votre direction, vous pouvez être relativement certain que c’est de vous dont il s’agit.

Je pense que ce serait intéressant de savoir quels mécanismes contrôlent ces interprétations biaisées des directions du regard. D’un point de vue évolutif, cela fait sens de penser que les visages heureux sont dirigés vers nous. Avoir un tel biais pourrait accroître les interactions avec les partenaires potentiels et entraîner une chance plus élevée de procréation.

Ce qui est moins logique, c’est la tendance à penser que les visages en colère sont dirigés loin de nous. Se protéger du danger est presque aussi important que se reproduire et, par conséquent, il semblerait adaptatif de surestimer le nombre de visages en colère regardant dans notre direction. Si ce grand Neandertal de l’autre tribu semble vous regarder d’un air menaçant, vous devriez considérer que c’est probablement le cas et vous enfuir. Ma supposition serait que la tendance à penser que les visages en colère ne sont pas dirigés vers nous est le résultat de compétences plus récentes en gestion des émotions. Sur le long terme, vous serez probablement plus heureux si vous estimez que tous les visages de peur et de colère que vous voyez n’ont rien à voir avec vous.

Référence de l’article scientifique original :

  • Lobmaier, J., Hartmann, M., Volz, A., & Mast, F. (in press). Emotional expression affects the accuracy of gaze perception Motivation and Emotion.
    [lien]

By |22/06/2012|Categories: Actualités|0 Comments

Le cœur gouverne la tête quand nous prenons des décisions financières

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article The heart rules the head when we make financial decisions publié sur le site PsyPost le 22 mai 2012 (trad. Kyung-Nan Jaumin).

Selon une étude récente, nos « tripes » influencent nos décisions, l’emportant sur les pensées « rationnelles », lorsque nous sommes confrontés à des offres financières que nous considérons comme injustes. Même lorsque nous sommes certains de faire du profit, notre réaction physique peut nous rendre plus susceptibles de rejeter une proposition financière que nous considérons comme injuste.

La recherche menée par une équipe de l’Université d’Exeter – la Medical Research Council Cognition et Brain Sciences Unit – et l’Université de Cambridge a été publiée le 22 mai 2012 dans la revue Cognitive, Affective, and Behavioural Neuroscience.

Cette recherche s’ajoute à des preuves grandissantes que notre corps peut parfois régir notre façon de penser et de ressentir, plutôt que l’inverse. Elle révèle également que les personnes qui sont davantage en harmonie avec leur corps sont plus susceptibles d’être dirigées par leurs « tripes ».

L’étude se base sur un test psychologique bien connu, le jeu de l’ultimatum. On a présenté à 51 participants une série d’offres financières, basées sur différentes manières de diviser 10 £. Les joueurs rejettent souvent les offres injustes dans ce jeu, même si elles conduisent à des pertes financières personnelles – une décision « irrationnelle » d’un point de vue économique.

Les chercheurs ont mesuré les réponses physiques des participants à chaque offre en enregistrant dans quelle mesure ils transpiraient du bout des doigts et à quel pont leur rythme cardiaque était modifié. L’exactitude avec laquelle les participants pouvaient « écouter » leurs corps a été mesurée par une tâche différente, en leur demandant de compter les battements de leur cœur et en comparant leur réponse à l’enregistrement réel de leur fréquence cardiaque. Les personnes qui ont montré une réponse physique plus importante aux offres injustes étaient plus susceptibles de les rejeter, mais c’était uniquement le cas si les elles avaient aussi pu correctement « écouter » ce que leur corps leur disait.

Les résultats montrent que les personnes qui ont une forte « réaction instinctive » et qui sont en harmonie avec leurs réactions physiques sont plus susceptibles de rejeter les offres financières injustes, même si cette décision entraîne des pertes personnelles.

Le chercheur en charge de l’étude, le Dr. Barney Dunn de l’Université d’Exeter, a déclaré : « Cette recherche soutient l’idée que ce qui se passe dans notre corps peut parfois façonner la façon dont nos esprits pensent et ressentent. Des phrases de tous les jours comme « Suivez votre cœur » et « Faites confiance à vos tripes » peuvent souvent, semble-t-il, s’avérer exactes ».

« Les êtres humains sont très sensibles à l’injustice, et nous sommes parfois obligés de mettre en balance les exigences du maintien de la justice et la préservation de notre propre intérêt économique. À une époque où les idées d’équité dans le secteur financier – des primes des banquiers aux modifications apportées aux régimes des pensions – sont largement débattues, il est important de reconnaître pourquoi certains individus se rebellent contre l’injustice perçue, alors que d’autres personnes sont prêtes à accepter le statu quo ».

Référence de l’article scientifique original :

  • Dunn, B., Evans, D., Makarova, D., White, J., & Clark, L. (in press). Gut feelings and the reaction to perceived inequity: The interplay between bodily responses, regulation, and perception shapes the rejection of unfair offers on the ultimatum game. Cognitive, Affective, & Behavioral Neuroscience.
    [lien]

 

By |15/06/2012|Categories: Actualités|0 Comments
Read More

Ces gens qui vous font vraiment frissonner

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article Creepy people leave you cold publié sur le site Scientific Americanle 7 mai 2012 (trad. Kyung-Nan Jaumin).

Une personne socialement maladroite ou inappropriée peut amener les autres à ressentir plus de froid physique.

Jack Nicholson jouant le concierge fou dans The Shining me donne envie d’attraper une couverture. Une étude vient maintenant de conclure que les personnes que nous trouvons, disons, bizarres peuvent réellement nous donner froid. La recherche sera publiée dans la revue Psychological Science.

Les chercheurs ont interrogé 40 étudiants universitaires. Lors de chaque interaction, l’expérimentateur était soit copain avec l’étudiant soit très raide et professionnel. L’enquêteur alternait également entre l’imitation des attitudes des étudiants — un signal de bonne entente — et le fait de ne rien faire du tout.

Les participants ont ensuite complété un questionnaire visant à voir dans quelle mesure ils avaient chaud ou froid. Les résultats ont montré que les participants avaient réellement froids lorsque l’enquêteur agissait de façon inappropriée ou envoyait des signaux mitigés.

Les chercheurs font l’hypothèse que, du fait que le cerveau essaie d’interpréter simultanément les signaux sociaux et ceux qui sont purement physiques, les gens associent inconsciemment les regards glacials et les interactions froides avec une froideur physique réelle.

Dès lors, la prochaine fois que vous avez à rendre visite à votre médecin qui a une réceptionniste un peu louche, apportez un chandail.

Référence de l’article scientifique original :

  • Leander, N. P., Chartrand, T. L., & Bargh, J. A. (in press). You give me the chills: Embodied reactions to inappropriate amounts of behavioral mimicry. Psychological Science.
    [lien]

By |08/06/2012|Categories: Actualités|0 Comments

Une étude suggère une différence de genre dans le harcèlement homophobe

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article Study suggests gender gap around homophobic bullying publié sur le site PsyPost le 2 mai 2012 (trad. Kyung-Nan Jaumin).

Une nouvelle étude publiée dans Educational and Psychological Measurement (une revue publiée par SAGE)  a montré qu’en matière de harcèlement homophobe, il pourrait exister un écart entre les genres.

Alors que les victimes de sexe masculin sont plus susceptibles d’être harcelées par des homophobes masculins, les victimes de sexe féminin sont harcelées de manière équivalente par les hommes et les femmes. En outre, les personnes interrogées dans le cadre de la recherche ont rapporté entendre peu de remarques verbales homophobes envers les hommes homosexuels en comparaison à d’autres formes non verbales de harcèlement homophobe.

« Une explication peut être que les formes verbales d’agression homophobe envers les hommes (soi-disant) gays … sont les plus fréquentes et, par conséquent, peuvent être perçues comme « normales » », écrit l’auteur Gabriele Prati.

Sur la base d’une enquête réalisée auprès de 863 étudiants, Prati a récolté des données auprès de harceleurs d’étudiants perçus comme lesbiennes, gays, bisexuels ou transsexuels (LGBT), de témoins d’incidents de harcèlements homophobes, et de victimes. 10 % des étudiants interrogés ont été considérés comme harceleurs homophobes parce qu’ils ont déclaré s’engager dans des comportements d’intimidation basés sur des préjugés sexuels au moins une fois par semaine. 3,5 % des étudiants ont été considérés comme victimes de harcèlements homophobes parce qu’ils étaient harcelés par des harceleurs homophobes au moins une fois par semaine.

L’étude a également permis de créer un nouvel outil : l’Homophobic Bullying Scale. Cette échelle enregistre et mesure toutes les formes d’intimidation motivées par l’homophobie au-delà des simples injures traditionnelles. L’Homophobic Bullying Scale inclut l’intimidation physique, la destruction de biens, le harcèlement sexuel, le cyber-harcèlement et l’intimidation relationnelle, comme la propagation de rumeurs et l’ignorance silencieuse.

Le chercheur a montré que les précédents outils qui mesuraient les incidents d’harcèlement en général ne pouvaient pas capturer les nuances de l’homophobie en particulier.

« L’utilisation de mesures non spécifiquement conçues pour les harcèlements homophobes pourrait amener à les sous-estimer », écrit Prati. « Les items de l’Homophobic Bullying Scale ont été créés pour mesurer les comportements de harcèlement des élèves du lycée motivés par l’homophobie, y compris le harcèlement verbal ».

Référence de l’article scientifique original :

  • Prati, G. (in press). Development and psychometric properties of the Homophobic Bullying Scale. Educational and Psychological Measurement.
    [lien]

By |01/06/2012|Categories: Actualités|0 Comments

Une somnolence excessive peut être la cause de problèmes d’apprentissage, d’attention et de comportement à l’école

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article Excessive sleepiness may be cause of learning, attention and school problems publié sur le site PsyPost le 2 mai 2012 (trad. Kyung-Nan Jaumin).

Une étude récente rapporte que les enfants qui ont des problèmes d’apprentissage, d’attention et de comportement pourraient souffrir d’une somnolence diurne excessive, même si les tests cliniques montrent qu’ils dorment suffisamment pendant la nuit.

Des chercheurs de l’Université d’État de Pennsylvanie ont étudié 508 enfants et ont constaté que ceux pour lesquels les parents rapportaient une somnolence diurne excessive (SDE) – malgré le peu d’indication de sommeil court selon les mesures habituelles – étaient plus susceptibles de connaître des problèmes d’apprentissage, d’attention/hyperactivité et de comportements que les enfants sans SDE.

Les coupables ? L’obésité, les symptômes d’inattention, la dépression et l’anxiété, l’asthme et les problèmes d’endormissement signalés par les parents se sont révélé contribuer à une SDE, même chez les enfants sans aucun signe de réduction du temps de sommeil ou d’apnée du sommeil.

« Les troubles du fonctionnement cognitif et comportemental causés pas une SDE peuvent avoir un impact grave sur le développement de l’enfant », a déclaré Susan Calhoun, PhD, première auteure de l’étude. « Lorsque les enfants sont envoyés en consultation pour des problèmes neurocomportementaux, ils devraient être évalués par rapport aux facteurs de risque potentiels de SDE. Reconnaître et traiter la SDE peut offrir de nouvelles stratégies pour aborder certains des défis neurocomportementaux les plus courants chez les jeunes enfants d’âge scolaire ».

Calhoun a déclaré que les chercheurs ont été surpris de constater que la plupart des enfants étudiés montraient peu de signes de sommeil court quand ils ont été testés, et que le sommeil court n’était associé à aucun des problèmes d’apprentissage, d’attention et de comportement. Elle a rapporté que les parents et les éducateurs constituent de bonnes ressources pour déterminer si un enfant semble trop somnolent durant la journée et que la plainte devrait être prise au sérieux. Des recherches antérieures ont montré une prévalence de SDE chez 15 % des enfants d’un échantillon de la population générale.

Référence de l’article scientifique original :

  • Calhoun, S. L., Vgontzas,  A. N., Fernandez-Mendoza, J., Mayes, S. D., Tsaoussoglou, M., Basta, M., & Bixler, E. O. (2011). Prevalence and risk factors of excessive daytime sleepiness in a community sample of young children: The role of obesity, asthma, anxiety/depression, and sleep. Sleep, 34(4), 503-507.
    [lien]

By |25/05/2012|Categories: Actualités|1 Comment

Les conversations en ligne des pédophiles deviennent sexualisées en 2 minutes

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article Paedophiles’ online chats become sexualised within two minutes, says new study publié sur le site AlphaGalileo Foundation le 17 avril 2012 (trad. Kyung-Nan Jaumin).

Les pédophiles en ligne abandonnent le processus traditionnel d’approche et passent à des conversations hautement sexualisées avec les enfants des salles de chat en deux minutes, selon une recherche de l’Université de Kingston et du National Center for Social Research (Royaume-Uni).

Cette nouvelle mise en garde destinée aux parents vient d’une étude de trois ans financée par la Commission européenne, le European Online Grooming Project, qui a examiné les méthodes et les comportements des prédateurs en ligne. Elle a impliqué un examen détaillé des sessions de chat de délinquants sexuels condamnés, sessions fournies par la police britannique et la police italienne, ainsi que des entretiens détaillés réalisés avec des hommes pédophiles reconnus coupables de prédation en ligne au Royaume-Uni, en Belgique et en Norvège. Les chercheurs ont eu un accès sans précédent aux délinquants britanniques par le biais du Her Majesty’s Prison Service.

De même que l’utilisation des réseaux sociaux, le rapport met en lumière comment les plateformes de jeu comme Xbox Live et PlayStation Network sont aussi utilisées pour cibler les enfants, et particulièrement les garçons.

« Il ressort clairement des récentes sessions de chat auxquels nous a donné accès la police que la conversation entre un délinquant en ligne et un enfant peut maintenant devenir sexualisée en deux minutes » a déclaré le Professeur Julia Davidson, expert en criminologie à  l’Université de Kingston, un des auteurs de l’étude. « Sur les réseaux sociaux, si l’enfant ne répond pas, le délinquant passera tout simplement à un autre enfant. Au cours de nos interviews, les délinquants ont dit qu’ils n’avaient pas besoin de se compliquer la vie avec toute une stratégie d’approche quand ils pouvaient demander immédiatement aux enfants d’avoir du sexe ou de les rencontrer de façon à abuser d’eux ».

Bien qu’il y ait encore des preuves d’une approche plus longue dans certains cas, le résultat final du chat sexualisé était souvent un rendez-vous physique. Ces rendez-vous avaient lieu dans des hôtels, des parkings, des parcs, des arrêts de bus ou même la chambre du délinquant ou de la victime. L’étendue de l’activité de certains pédophiles les amenait à être en ligne jusqu’à six heures par jour, en dehors du travail. Beaucoup effectuaient des « expéditions de pêche » dans lesquels ils ajoutaient des centaines d’enfants comme personnes-ressources sur les sites de réseaux sociaux et utilisaient leur liste jusqu’à trouver un enfant prêt à interagir avec eux.

« Parfois les délinquants ont plusieurs enfants en ligne de mire à la fois, et certains pédophiles endossent plusieurs identités différentes », a ajouté le Professeur Davidson. « Ils conservent de nombreuses conversations différentes et conservent des notes méticuleuses sur chaque enfant d’une façon très calculatrice ».

La recherche a également révélé que certains jeunes avaient encore une vision très stéréotypée des prédateurs en ligne. « Les jeunes les voient comme des « hommes gros et vieux » – une perception que notre recherche a démenti », dit Stephen Webster, chef de la Crime and Justice Research  au National Center for Social Research et leader du European Online Grooming project. « Les prédateurs en ligne auxquels nous avons parlé étaient de tous les âges et certains d’entre eux modifiaient significativement leur identité quand ils ciblaient un jeune ».

Un autre problème identifié se situe dans le fait que les jeunes ajoutent parfois des personnes qu’ils ne connaissent pas comme amis sur réseaux sociaux. « De nombreux jeunes éprouvent un sentiment de compétition pour les amis lorsqu’ils réseautent, de sorte que les pages de profil et l’identification des détails sont facilement disponibles en ligne », a ajouté M. Webster. « Les prédateurs nous ont dit qu’ils utilisaient cette information pour les aider à identifier les victimes potentielles. L’industrie d’Internet peut également aider, en protégeant par défaut les comptes avec les paramètres de confidentialité les plus élevés lorsqu’ils sont configurés pour la première fois ».

Aux parents inquiets, le Professeur Davidson suggère que les mesures à prendre dépendent de l’âge de l’enfant. « Avec les enfants plus jeunes, mettez en place un contrôle parental de base sur tous les ordinateurs et ne laissez pas les enfants s’inscrire sur les réseaux sociaux avant 13 ans », dit-elle. « Avec les enfants plus âgés, il est important d’avoir un dialogue avec eux à propos des dangers potentiels, mais sans les effrayer ».

By |18/05/2012|Categories: Actualités|0 Comments

La fierté influence le racisme et l’homophobie

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article Pride impacts racism and homophobia publié sur le site Machines Like Us le 12 avril 2012 (trad. Kyung-Nan Jaumin).

Une étude récente de l’université de la Colombie-Britannique montre que la façon dont les individus vivent l’émotion universelle de fierté influence directement le niveau racisme et d’homophobie de leurs attitudes envers les autres.

L’étude, publiée dans le numéro d’avril du Personality and Social Psychology Bulletin, offre de nouvelles perspectives dans la lutte contre les préjugés nuisibles tels que le racisme et l’homophobie et apporte un nouvel éclairage important sur la psychologie humaine.

« Ces études montrent que ce que nous ressentons envers nous-mêmes influence directement ce que nous ressentons envers les gens différents de nous », explique Claire Ashton-James, qui a dirigé l’étude comme chercheur post-doctorante au département de psychologie de l’université de la Colombie-Britannique. « Cela suggère que les préjugés nuisibles peuvent être beaucoup plus flexibles que ce que l’on croyait, et que la fierté arrogante peut aggraver les préjugés, alors qu’une fierté plus confiante et authentique peut contribuer à réduire le racisme et l’homophobie ».

Les résultats sont développés à partir des recherches du professeur de psychologie Jessica Tracy l’université de la Colombie-Britannique, co-auteur de l’étude, qui a précédemment montré qu’il existe deux types de fierté : la « fierté authentique », qui découle du travail et de la réussite, et la « fierté arrogante», qui résulte de l’atteinte d’un statut par des moyens moins authentiques tels que le pouvoir, la domination, l’argent ou le népotisme.

Dans cette nouvelle étude, Tracy et Ashton-James, nouveau professeur à l’université Libre d’Amsterdam, ont montré que la «fierté authentique » crée une confiance qui stimule l’empathie pour les autres qui, à son tour, réduit les préjugés à l’égard des groupes stigmatisés. En revanche, les sentiments de supériorité et d’arrogance qui résultent de la « fierté arrogante » réduisent l’empathie, exacerbant ainsi les préjugés des personnes à l’encontre des groupes stigmatisés.

Les chercheurs ont trouvé un lien direct entre la fierté et les préjugés aussi bien chez des participants incités à vivre les états de fierté « authentique » ou « arrogante » que chez ceux ayant des prédispositions à des formes particulières de fierté. Par exemple, ceux enclins à la « fierté arrogante » présentaient des niveaux plus élevés de racisme, alors que ceux enclins à la « fierté authentique » présentaient moins de racisme.

Dans la mesure où la fierté est une émotion centrale pour les personnes ayant du pouvoir ou un statut social élevé, les résultats peuvent améliorer de façon importante notre compréhension des attitudes des dirigeants politiques et économiques.

« Le type de fierté qu’un leader a tendance à ressentir peut en partie déterminer s’il ou elle soutient les membres de groupes minoritaires ou les ignore », explique Tracy.

L’étude a impliqué 1 400 participants au Canada et aux États-Unis.

Référence de l’article scientifique original :

  • Ashton-James, C. E., & Tracy, J. L. (2012). Pride and prejudice: How feelings about the self influence judgments of others Personality and Social Psychology Bulletin, 38(4), 466-476.
    [lien]

By |11/05/2012|Categories: Actualités|0 Comments

Trop se demander comment « apprendre de ses erreurs » peut rendre malheureux

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article Too much focus on ‘learning from failure’ can make us unhappy publié sur le site BPS Occupational Digest le 2 avril 2012 (trad. Kyung-Nan Jaumin).

Selon une nouvelle étude, quand nous échouons, ce que nous ressentons et ce que nous finissons par apprendre de cet échec dépend de notre stratégie d’adaptation. En particulier, se concentrer exclusivement sur « l’apprentissage par erreur » pourrait nous rendre malheureux au cours du processus.

Cette recherche

[1] a exploré les expériences de scientifiques au travail, le chercheur Dean Shepherd et ses collègues soulignant comment ce domaine implique le fait de faire face à des échecs décevants, comme par exemple le faible taux de succès des mises sur le marché de médicaments.

Les chercheurs ont personnellement contacté des employés d’institutions allemandes qui travaillaient dans des domaines tels que la pharmacie, la zoologie et vieillissement, 257 scientifiques ayant finalement rempli les enquêtes contenant des mesures standardisées et mises au point récemment. L’équipe s’intéressait aux conséquences des échecs : positives, dans la manière d’apprendre comment mieux exécuter les projets à venir ou comment traiter ses collègues lorsque leur travail stagne, et les retombées émotionnelles négatives qui amènent à éviter les travailleurs de l’équipe du projet ou à des sentiments de déception. Les deux sont vitaux, puisque l’apprentissage crée des connaissances organisationnelles et que les émotions négatives sont associées à un plus faible engagement émotionnel envers l’organisation – une conclusion observée dans cette étude.

L’apprentissage sur la base d’un échec est plus élevé lorsque plus de temps s’est écoulé depuis l’échec en question, ce qui suggère que le temps permet une meilleure mise en perspective et une meilleure compréhension. L’apprentissage est également influencé par la stratégie d’adaptation ou « orientation » des répondants : ceux qui ont répondu par l’affirmative aux affirmations telles que « Dans mon esprit, je passe souvent en revue les événements menant à l’échec du projet » sont considéré comme ayant une orientation vers la perte élevée, et ces individus ont rapporté des niveaux plus élevés d’apprentissage sur la base d’un échec.

Cependant, au fil du temps, les répondants avec une orientation vers la perte élevée basculaient d’un faible niveau d’émotions négatives à un niveau élevé, ce qui suggère qu’une réflexion saine cède le pas à la rumination inutile. L’orientation vers la restauration, une autre stratégie illustrée par l’affirmation « Je garde mon esprit actif, donc il ne se focalise pas sur l’échec du projet », est associée à des niveaux inférieurs d’émotions négatives, mais ne fournit pas le coup de boost en termes d’apprentissage fourni par une préoccupation par rapport à la perte. Une troisième stratégie, l’orientation vers l’oscillation, implique la volonté de passer activement d’un état d’esprit à l’autre, ce qui permet à l’esprit de se reposer avant de réfléchir au projet. L’utilisation de cette stratégie a conduit à la fois à plus d’apprentissage et à une diminution des émotions négatives.

Aussi important soit-il d’apprendre de nos erreurs, en faire notre focus dominant peut s’avérer contre-productif. Les auteurs préconisent de donner plus d’espace à une approche restauratrice, d’accepter qu’il peut être bon ne pas à penser à l’échec et d’alterner activement les états d’esprits afin de recueillir des idées tout en améliorant son attitude à l’égard du projet au fil du temps. Leurs données montrent également qu’une culture qui considère les échecs comme normaux, les prenant calmement, conduit à réduire les émotions négatives dans l’ensemble. Il existe donc aussi des mesures que les organisations peuvent prendre.

Référence de l’article scientifique original :

  • Shepherd, D., Patzelt, H., & Wolfe, M. (2011). Moving forward from project failure: Negative emotions, affective commitment, and learning from the experience. The Academy of Management Journal, 54(6), 1229-1259 [lien]

By |04/05/2012|Categories: Actualités|0 Comments

Que ressentent les femmes et les filles quand elles voient des images sexualisées ou sportives d’athlètes féminines ?

Cet article est une traduction/adaptation française de l’article How do women and girls feel when they see sexualised or sporty images of female athletes? publié sur le site BPS Research Digest le 29 mars 2012 (trad. Kyung-Nan Jaumin).

L’effet potentiellement néfaste des modèles ultra-minces et des célébrités féminines retouchées sur l’image corporelle et l’estime de soi des femmes est bien documenté. La participation croissante des femmes dans le sport professionnel pourrait-elle inciter les médias à présenter les modèles féminins sous une lumière différente et plus avantageuse ? Des éléments anecdotiques suggèrent que ce n’est pas le cas. Pour prendre un exemple, avant les Jeux olympiques d’hiver de 2010, les snowboardeuses et skieuses olympiques sont apparues sur la couverture de Sports Illustrated – vous l’aurez deviné – en bikini. Une récente étude menée auprès de 258 collégiennes et 171 étudiantes par Elizabeth Daniels a étudié comment les femmes et les filles se sentent quand elles voient des images sexualisées d’athlètes féminines.

Les participantes ont été assignées à une des conditions expérimentales. Dans une première condition, elles regardaient cinq images d’athlètes féminines dans un contexte sportif dans leur tenue sportive complète (la joueuse de basket-ball Anne Strother, la skateuse Jen O’Brien, la joueuse de tennis Jennifer Capriati, la surfeuse Lisa Anderson, et la footballeuse Mia Hamm). Dans une seconde condition, elles regardaient cinq images d’athlètes féminines dans un contexte sexualisé et laissant apparaître beaucoup de peau (la joueuse de basket-ball Lauren Jackson, la patineuse Ekaterina Gordeeva, la nageuse Jenny Thompson, la joueuse de softball Jenny Finch, et la joueuse de tennis Anna Kournikova). Dans une troisième condition, elles regardaient cinq images de mannequins de magazines en bikini à qui on avait donné des noms au hasard.

Après avoir regardé la première et la dernière des cinq photographies qui leur avaient été attribuées (Lauren Jackson et Anna Kournikova dans la condition des athlètes sexualisées ; Anne Strother et Mia Hamm dans la condition athlètes sportives), les participantes ont été invitées à rédiger un paragraphe « décrivant la femme sur la photo et expliquant ce que cette photo vous fait ressentir ».

La résultat principal est que les collégiennes et les étudiantes qui avaient vu les images des athlètes sexualisées ont eu tendance à dire qu’elles admiraient ou étaient jalouses des corps des athlètes. Elles ont fait des commentaires sur le sex-appeal des athlètes et elles ont évalué leurs propres corps négativement. Certaines ont également trouvé les images inappropriées. Les participantes qui avaient vu les modèles en bikini glamour ont répondu de la même façon, sauf qu’elles ont rarement commenté le caractère inapproprié des images, comme si elles avaient fini par accepter que les femmes soient représentées de cette façon. Selon Daniels, les images sexy d’athlètes féminines « ne sont sans doute pas plus enclines à inciter les femmes qui les regardent à réfléchir sur leur engagement dans une activité physique ou sur leur appréciation du sport que les images sexualisées de mannequins ».

En contraste, les participantes qui avaient vu les athlètes féminines dans un contexte sportif ont eu tendance à faire des commentaires relatifs à la détermination, à la passion et à l’engagement des athlètes. Elles ont écrit se sentir motivées à pratiquer un sport et elles ont réfléchi sur leur propre participation sportive ou aux sports qu’elles suivaient. « Injecter davantage d’images de performance des athlètes féminines dans les médias pourrait être utile pour promouvoir l’activité physique chez les filles et jeunes femmes », rapporte Daniels. « Actuellement, les athlètes féminines sont largement absentes des revues destinées aux adolescentes ».

Référence de l’article scientifique original :

  • Daniels, E. (2012). Sexy versus strong: What girls and women think of female athletes. Journal of Applied Developmental Psychology, 33(2), 79-90.
    [lien]

By |27/04/2012|Categories: Actualités|0 Comments